lundi 21 septembre 2015

Cerro Combo (Ski Andinisme) 4025m - Grands espaces et quasi-solitude

Cette course a été effectuée le week-end du 15-16 Août, avec Julien, un travoyageur français astrologue la semaine, compagnon de ski de randonnée ce jour là. Le sommet Cerro Combo, (en référence au Combeynot dans les Écrins), est un 4000 qui se fait plutôt en 2 jours en cette saison pour les skieurs au rythme normal (400m/h).
Après une traversée de Santiago en bus plus métro jusqu'à Puente Alto (ville de banlieue), un taxi à tarif abusif préfixé (colectivo) accepte de nous emmener jusqu'au bout de la vallée (le Cajon del Maipo) dont nous ignorons les conditions d'accès. Depuis la mine de plâtre nous entamons la randonnée par un court portage sur la piste située rive gauche. Les anciennes coulées d'avalanches nous permettent de chausser les skis rapidement. Notre lieu de bivouac se situe peu après le chantier controversé d'une conduite forcée hydroélectrique.

Depuis le replat du bivouac l'itinéraire est évident: passer le ressaut nord à gauche des deux couloirs très appétissants et à droite de la Quebrada del Morado, puis suivre le vallon jusqu'au fond sur 1400m de dénivelée. Le sommet se situe sur la gauche. Nous nous sommes arrêtés au point de vue en contrebas. D'en haut, on bénéficie d'une vue privilégiée sur le sommet El Morado (4674m).
Pendant 2 jours, nous n'étions qu'une dizaine d'amateurs de montagne dans cette immensité: deux andinistes grimpeurs de glace et une demi-douzaine d'amateurs de motoneiges venues rayer tous les versants de poudreuse. On essaie alors de relativiser le bourdonnement incessant de ces engins en imaginant qu'ils viendraient sûrement nous aider en cas de problème.
La descente est un vrai régal, hormis ​quelques passages plats où il faut pousser un peu sur les bâtons. Sur la partie haute, on évolue dans un vallon très sûr, ouvert et splendide. Après le chantier, on peut opter pour une descente directe en traversée rive droite, sans difficulté technique mais dont le niveau d'exposition donne quelques frissons. Si ce passage permet de gagner 2h d'itinéraire, il est toutefois conseillé de bien maîtriser ses skis.

Nous traversons à skis le village de Baños Morales où nombre de chiliens dégustent un barbecue en famille, intrigués par nos skis alors qu'il n'y a pas de station à proximité. Nou rentrons à Santiago en auto-stop avec pause empanadas pour remercier nos bienveillants conducteurs.

Vue du samedi soir
La même 12h plus tard
Julien dans la montée
Philo face à l'immensité de la descente

La solitude...


...ou presque

Au loin le chantier et les 2 couloirs appétissants
Piste de montée rive gauche vue depuis descente rive droite

El Morado depuis le point de vue


Bivouac au frais

Philo à l'œuvre

Empanadas sortis du four !


EN SUS

Précisions sur le parcours
- Temps de parcours : J1 30min de portage + 5h00, J2 3h30 de montée, 3h de descente.
- Altitude de départ : 1800 m
- Dénivelée + : J1 900m et J2 1400m (más o menos)
- Difficulté : itinéraire plutôt évident (suivre a piste puis suivre le vallon), montée à 25°-30° longue mais sûre car peu de pentes menaçantes. Pas d'exposition si on suit l'itinéraire en rouge AR. Le retour par la rive droite à la descente est fortement exposé vers 2300m.
- A rajouter à la to-do liste : le Cerro Arenas, et ses deux couloirs sud.

F&P

dimanche 13 septembre 2015

Volcan Antuco (Ski Andinisme) - expérience du secours d'urgence chilien en montagne

Situé à 600km au sud de Santiago, le volcan Antuco est une destination de rêve pour tout skieur de randonnée. Accessible en car-couchette + liaison pick-up, le volcan qui surplombe le magnifique lac Laja et la petite station de ski, offre plus de 1500m de dénivelé d'ascension récompensés par une multitude de descentes à 40°. Cette sortie prometteuse, avec 2 autres membres du Club Allemand Andin, s'est rapidement transformée en opération de sauvetage.

Vue du volcan Antuco depuis la route
Après 1h30 d'ascension sur une neige bétonnée (dure), notre groupe de 4 personnes se dirigeait vers la crête pour éviter un itinéraire plus direct et plus exposé qu'une dizaine d'autres montagnards avaient emprunté peu avant nous. L'un d'eux redescend vers nous sur un snowboard qu'il ne semblait pas maitriser et nous demande une aide d'urgence: deux de ses amis ont dévissés peu de temps avant. Ils sont un peu plus haut et ont besoin d'aide de toute urgence car poly-traumatisés. 

Le premier, Fernando, a dévissé de 300m en tentant de rattrapper son piolet lui échappant des mains. Le second, Daniel, l'a douloureusement imité alors qu'il fixait son snowboard dans le but de lui porter secours rapidement.

Tandis que le donneur d'alerte descend vers la vallée, nous montons le plus rapidement possible pour rejoindre le lieu indiqué où les deux jeunes ensanglantés et grelotant de froid avaient été mis en positions latérales de sécurité. Deux autres personnes du groupe sont déjà présentes tandis que 6 autres continuent de redescendre prudemment le tobogan de glace emprunté plus tôt. 

Le sommet et à gauche le couloir formé par une ancienne coulée de lave

10h30, c'est à partir de ce moment là que nous mettons en application les nombreuses formations théoriques et pratiques de premiers secours que nous avons suivies. 
1) Les victimes perdaient du sang à une vitesse assez inquiétante. Après avoir tenu des points de compressions aux plis de l'aine pendant 15 minutes, les secouristes nous demandent par téléphone de découper leurs vêtements et d'appuyer directement sur les plaies avec un tissu. Tous les deux avaient visiblement plusieurs fractures ouvertes au niveau des jambes. 
2) Les victimes avaient très froids. Nous les couvrons de tous les vêtements que nous avons trouvés et les enroulons des 2 seules couvertures de survies existantes sur les 15 pratiquants présents... 
3) Les victimes ont faims et soifs: nous ne leur donnons que quelques gouttes régulièrement afin d'éviter de nourrir un poly-traumatisé qui devrait subir en urgence un acte chirurgical. 
4) Les victimes ont sommeils et ferment les yeux. Nous avons essayé de maintenir les personnes éveillées, leur parler et les questionner pour vérifier constamment leur niveau de conscience. Pas évident.

Pendant ce temps là, le reste du groupe s'active pour mobiliser des secours, en sachant que seules les villes de Concepción où Los Angeles, situées à 200 km et 100 km, sont joignables. La station de ski, 600m de dénivelé plus bas n'est joignable que par radio. Après plusieurs minutes de confusion, il semblerait qu'un hélicoptère privé viendrait, quel qu'en soit le coût final pour le groupe de jeunes dont nous apprenons qu'ils sont étudiants à l'Université de BíoBío et membres d'un club de montagne. 


À 12h, le donneur d'alerte apparaît au loin, remontant depuis la vallée. Flo descend à sa rencontre en skis pour gagner du temps. Il semblerait que les secours soient bien arrivés à la station mais qu'aucun moyen motorisé et adapté à la neige ne soit mobilisé. Beaucoup plus bas, un policier (carabiñero) et deux pompiers montent péniblement un brancard dans une neige devenant de plus en plus molle. Grâce aus skis de randonnées nous aidons à acheminer le brancard et le matériel des secouristes, dépourvus de tout équipement type raquettes à neige. Il est intéressant de rappeler que pompier n'est pas un métier au Chili mais 100% de volontariat. 

À 14h30 les pompiers-secouristes reussissent à stabiliser les pertes de sang grâce à de nombreuses compresses, des morceaux de chaussures en cuire et notre scotch gris. Le blessé le plus grave est fixé sur la civière. Pendant ce temps le policier passe tout le monde sous interrogatoire pour élaborer le déroulé des faits. 


À 15h, soient 4h après avoir donné l'alerte par téléphone, un hélicoptère de la police survole le site sans essayer de se poser, malgré les très bonnes conditions climatiques et un relief en apparences propice à un attérissage... Nous comprenons alors qu'il faudra se débrouiller par nous même et aller chercher une autre civière. C'est à ce moment là que des pierres volcaniques se décrochent de la pente sous l'effet de la chaleur et foncent dans notre direction. Heureusement, nous avions prévu ce risque et tout le monde était attentif. Il a cependant fallu l'arrêt in extremis par l'un d'entre nous à l'aide d'un sac à dos pour éviter le strike... 

À 16h00 nous entamons la descente de la civière dans une neige devenue molle sur un mètre de profondeur, ce qui ne facilite pas les manoeuvres. Le blessé quand à lui répond de moins en moins aux questions qu'on lui pose. A mi-chemin avec la station, nous croisons le Samu en raquettes qui monte avec une deuxième civière. Ils injectent un calmant et installent une perfusion à Daniel pour qu'il puisse supporter la fin de la descente. 


17h00, tandis que nous arrivons au centre de ski où attendent policiers, secouristes, Samu, journalistes et badauds, la deuxième civière transportant Fernando entame sa descente grâce aux professionnels ayant rejoins le reste du groupe resté là haut. Il aura fallu 8h entre le premier appel et le secours réel des deux victimes. 



On en resterait là si les quelques médias présents n'avaient pas étrangement sur-valorisé le rôle de la police sur fond d'images sensationelles... Témoins et acteurs du secours dans son intégralité, nous tenons à preciser que c'est l'action conjointe des pompiers, du samu, du policier local et nous qui ont permis un sauvetage qui n'a rien d'un exemple d'efficacité... Si par exemple, nous avions su depuis le début que nous devrions redescendre les victimes par nos propres moyens, nous aurions sûrement gagné plusieurs heures. 

Heureusement, Daniel et Fernando nous ont envoyé de bonnes nouvelles ! Nous leur souhaitons un très bon rétablissement ! 

Panoramique du lac Laja (Copyright Carlos)
Conclusion sur le matériel. Voici la liste du matériel qui nous a été très utile alors que nous regrettons parfois de le porter à chaque sortie:  
- couvertures de survie
- couteau type Opinel permettant de couper les vêtements efficacement
- polaire et doudoune au fond du sac 
- scotch gris ou scotch américain 
- téléphone chargé au maximum 
- 1,5L d'eau
- paquets de gâteaux de secours 
- autres équipements apportés: chargeur solaire de téléphone

Matériel manquant
- cordelette (pour réaliser un traineau de fortune)
- une radio ou téléphone staellitaire pour communiquer avec la vallée 

Avis aux futurs touristes skieurs de randonnée au Chili: partez en randonnée en ayant à l'esprit que l'on ne viendra peut-être pas vous chercher en cas de problème et que vous ne devrez compter que sur vous-même. Encore plus qu'en Europe, préparez votre matériel de secours en conséquences. Aux nouveaux pratiquants toujours plus nombreux: continuer à sorganiser en clubs, apprendre à bien choisir son itinéraire et avoir d'avantage de connaissance en premiers secours. Aux décideurs chiliens: une bonne organisation des secours n'est pas qu'une question d'argent. 

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