Depuis Santiago, la deuxième vallée accessible se situe au nord-est. Elle conduit à une réserve naturelle publique-privée appelée Yerba Loca, ainsi que 4 stations de sports d'hiver : Farellones, La Parva, Valle Nevado, Colorado (les Trois Vallées du Chili).
Levé de soleil sur La Parva - Valle Nevado
Départ 6h00 de Santiago avec voiture de location, altitude 500m. Arrivée 7h30 sur le haut de la station La Parva après une quarantaine de chicanes Alpe d'Hueziennes. Départ skis aux pieds à 8h00 depuis la rue Émile Allais à une altitude de 2800m.
Teleski autonome fonctionnant au groupe électrogène
Le haut de La Parva
Objectif pour Flo et Gram (ex-autostoppeur devenu compagnon de ski de rando) : cocher notre premier sommet sud-américain à plus de 4000 (ou plus de 13123 pieds pour Gram...).
Col San Francisco
Plan des pistes
Derrière l'immense drapeau du Chili dressé au milieu des pistes, le ciel s'embrase tandis que Santiago dort toujours profondément au loin dans la pénombre et le smog. Les pisteurs s'activent pour ouvrir les pistes et cacher les ravages du vent d'altitude. 2h30 suffiront pour remonter jusqu'au sommet des pistes et descendre légèrement au lac San Fransisco (3550m).
Les couloirs du Mont Parva
De là commence une ascension Nord-Ouest sur une pente de neige fortement soufflée, irrégulière, recouvrant à peine les cailloux qui ne souhaitent que nous raser les peaux. Un rapide coup d’œil sur le couloir de descente et nous débarquons sur l'épaule menant au sommet. Sous un vent violent ne laissant aucune chance au moindre flocon, nous atteignons péniblement le sommet (4057m) d'où nous attendait une vue saisissante sur le Mont Plomo (5424m). 13h, demi tour.
Le couloir vu d'en haut
L'oeuvre d'un vent impitoyable
Vue sur le Plomo
Flo au sommet
Pour la descente nous empruntons sur 30m une croupe terreuse afin d'éviter un départ pentu plaqué accompagné de sa corniche royale. Le couloir est court mais esthétique. La neige varie entre poudre, densifiée et croûtée : ce n'est pas du grand ski.
Station d'observation d'activité volcanique
A défaut d'avoir des bulletins de risque d'avalanche
Après une descente de 600m, on repeaute jusqu'au sommet des pistes pour basculer côté La Parva et rejoindre la voiture à15h30. Et si le mythe était vrai ? Prochain défi : vérifier la légende du 4000 à ski suivi d'un barbecue à a plage dans la même journée !
Précisions sur le parcours
- Temps de parcours : 7h00 AR en y allant tranquillement
- Altitude de départ : 2800 m (merci les stations)
- Dénivelée + : 1300m (más o menos)
-
Difficulté : Partir après 8h c'est risqué le conflit d'usage avec les skieurs. Pente autour de 30° jusqu'au sommet 35° avant l'épaule qui mène au sommet. Descente en 3.1 non exposée.
Les deux poètes les plus connus au Chili sont Gabriel Mistral et Pablo Neruda. Ils ont tous deux eu un prix Nobel de littérature, Gabriel Mistral en 1945 et Pablo Neruda en 1971. Gabriel Mistral est la première femme de l'histoire à l'obtenir ! Quand Gabriel Mistral a un centre culturel à son nom, Pablo Neruda a des métros de Santiago aux couleurs de ses poèmes d'amour.
Ligne 5 du métro de Santiago - 14 juillet 2015
14 juillet 2015 - Ligne 5 du métro de Santiago
Les trois maisons chiliennes de Pablo Neruda se visitent, la Chascona à Santiago, la Sebastiana à Valparaiso et sa maison de Isla Negra. Ayant visité les trois, la plus incroyable à nos yeux est celle de Isla Negra : une vue à couper le souffle sur la mer, les vagues se fracassant sur les rochers noirs.
"Je suis revenu de mes voyages. J'ai navigué
construisant la joie." Pablo Neruda
Vue depuis la maison de Pablo Neruda
Isla Negra
On ressent dans quelques-uns de ses poèmes cette inspiration de la mer :
Aquí te amo. En los oscuros pinos se desenreda el viento. Fosforece la luna sobre las aguas errantes. Andan días iguales persiguiéndose. Se desciñe la niebla en danzantes figuras. Una gaviota de plata se descuelga del ocaso. A veces una vela. Altas, altas estrellas. [...] Extrait du poème XVIII du recueil "Veinte poemas de amor y una canción desesperada" de Pablo Neruda.
A veces una vela.
Hautes, hautes étoiles.
Ici je t'aime. Dans les obscurs pins se démêle le vent. La lune phosphorescentes sur les eaux errantes. Des jours égaux passent en se poursuivant. La brume défait sa ceinture en dansantes figures. Une mouette d'argent se décroche du soleil couchant. Parfois une voile. Hautes, hautes étoiles. [...]
Extrait de la traduction du poème XVIII du recueil "Veinte poemas de amor y una canción desesperada Espanol-English-Français-Portuguès", Edition Pehuén
Au-delà de ses hymnes à l'amour et aux forces de la nature, Pablo Neruda est aussi connu pour ses œuvres inspirées par l'idée de révolution (cf. Residencia en la tierra, 1935).
Il n'y a pas de place pour nous dans le monde du pouvoir - Valparaiso, mars 2015.
Anniversaire. Un an de plus ou un de moins ? - Pichilemu, juin 2015.
Pour revenir à nos contemporains, notre arrivée au Chili a été marquée par la mort du poète Pedro Lemebel. Il était connu pour utiliser contestation et provocation comme outils de dénonciation politique. Difficile de connaître les courants poétiques dans son propre pays. L'est-il dans son pays d'expatriation ? Non. Mais en étant un peu attentif, la rue transpire quelques messages sur les murs. Poésie, contestation ?
En cette année de phénomène "El Niño", la neige s'est faite attendre dans les hauteurs de Santiago. Il nous a fallu une tempête, ayant officiellement (dé)posé plus de 2m de fraîche sur les Andes, pour sortir le bout de nos spatules.
L'aube dans le Cajón del Maipo
Le Cajón del Maipo est l'une des deux vallées andines accessibles depuis Santiago. Située au sud-est de la capitale, cette vallée est parcourue par une route d'une vingtaine de kilomètres qui se transforme en piste menant à des bains thermaux et surtout à des carrières d'extractions minières. La route passe par San José de Maipo, un village aux portes d'une micro-station de ski appelée Lagunillas.
Les immenses couloirs ont tous purgés dans la semaine
Quand on n'a pas de voiture et que tous les loueurs sont à sec, il faut se doter d'une forte motivation pour aller en fond de vallée : prendre le métro avec son matériel jusqu'au point de départ du minibus MB-72 à Bellavista de la Florida. Après une heure de détours dans les quartiers périphériques de Santiago, le minibus entame son ascension jusqu'à San Gabriel, d'où il faut finir les 15 derniers kilomètres en auto-stop.
La compagnie qui t'emmène au Cajón
Au milieu, le Cerro Morro et son couloir ouest
Comme prédit la veille par le responsable logistique, un autre skieur de randonnée également seul au milieu du vallon, monte en voiture en direction du départ de rando et nous prend en stop-co-skiing. Notre chauffeur Gram, jeune travoyageur étasunien vivant à Santiago devient le troisième membre de l'équipe ski de rando partie à l'assaut du Cerro Morro, un 3000 isolé au milieu des 5000.
Saperlipopette los San Padres Chilenos ?
Petite marche d’arête pour débuter la saison
Après un bref portage de 45 minutes entre le refuge "Lo Valdès" et la bifurcation vers Baños Colina, nous débutons la rando à 11h30. Trente minutes d'échauffement plus tard, la face ouest nous tend les bras et nous nous engageons dans une montée sèche de 2h00 pour 800m de dénivelée. Les cailloux affleurent, ce qui laisse présager une descente à skis de velours.
Au sommet, nous parcourons 30 minutes de crête débonnaire qui se termine au-dessus d'une barre rocheuse. Faire une boucle semble plus délicat que le descriptif du topo* ne le laissait penser. En effet pour atteindre la pente nord il faudrait contourner cette barre rocheuse par une corniche exposée. Ça sent les Écrins tout ça... Demi-tour !
Nous descendons donc par l'itinéraire de montée, très bon par endroits, tellement bon que certains y ont goûté.
Seul bémol : la météo ne nous a pas offert la splendide vue sur le Volcan San José (5856m). On reviendra.
Précisions sur le parcours
- Temps de parcours : 5h00 AR + 1h de portage
- Altitude de départ : 2100 m
- Dénivelée + : 900m (más o menos)
- Difficulté : itinéraire évident à trouver, montée exigeante à 35º. OK avec la cotation S3, 3.2, PD. Pas trop exposé pour un E2, il s'agit juste d'un couloir entouré de rochers, mais pas de menace de sauts de barres rocheuses.
Cette deuxième semaine de juillet, la neige est enfin arrivée en abondance sur tout le Chili. Nous décidons avec nos cumpañeros français de partir dans le sud à une nuit en car de Santiago, dans la région des Araucarias. Après 8h de "semi-cama", selon le point de vue à moitié allongé ou à moitié assis, nous débarquons sous la pluie de Curacautin, direction le camp de base Laguna Blanca situé entre deux volcans actifs et surveillés : le Lonquimay et le Tolhuaca.
Laguna Blanca y Volcan Tolhuaca
Entrée dans la réserve Malalcahuello
Le front d'une ancienne coulée de lave du Volcan Lonquimay (Face NO)
Une liaison pick-up nous permet d'atteindre sans grand effort l'altitude de la neige. Il suffit ensuite de suivre durant 2h30 la piste principale jusqu'au panneau de la CONAF indiquant l'entrée de la zone protégée. Ce faux plat ascendant croise un point de vue privilégier sur le Lac Blanc (Laguna Blanca), dont les eaux issues du demi-volcan Tolhuaca (Tête de Vache en Mapuche*) ont été piégées entre les immenses coulées de laves crachées au fil des siècles.
La résistance des Araucarias
On a le droit d'en couper un pour Noël ?...
Une jungle d'Araucarias, arbres endémiques millénaires de la région, complètent le tableau surprenant dans lequel nous évoluons. La traversée d'une heure d'un vaste plateau permet d'imaginer le jour où
ces récentes coulées (1989) vinrent mourir, à quelques
mètres des bosquets d'araucarias encore épargnés.
C'est par ici la descente
Journée "grosses conditions"
Un peu de descente avant la partie "ski de fond"
Pour des raisons de timing (et peut-être de nivologie), nous n'atteindrons que le col séparant les deux volcans. Le cratère du Lonquimay sera pour une prochaine fois... Retour par le même itinéraire sous un soleil de plomb. Confirmation pour nous que la neige transforme vite, soit un manteau neigeux rapidement stabilisé et porteur : important par rapport aux requins volcaniques abrasifs...
Précisions sur le parcours
- Temps de parcours : 6h30 AR
- Altitude de départ : 1300 m
- Dénivelée + : 700m (más o menos)
-
Difficulté : facile jusqu'au col, beaucoup de plat donc il faut anticiper pour le retour. Temps à adapter si on fait tout à pieds. Igloo possible juste avant le panneau de la réserve.
Chaque année, autour du 29 juin, le village côtier de Loncura accueille la fête traditionnelle de "San Pedro" (Saint Pierre) patron des pêcheurs. Conviés par l'ancien maire de Quintero, la ville portuaire voisine, nous nous laissons guider à travers les étales et les lieux de célébrations de la pêche artisanale.
Invitation à la "Baie des pêcheurs"
Jour de pluie pour la "San Pedro"
Au petit matin des dizaines de troupes de danseurs venus en cars des villages alentours défilent successivement jusqu'à une petite place où une statue de San Pedro est disposée face à la mer. Si chaque village revêt ses propres couleurs, les défilés se déroulent tous suivant le même rite.
Les danseurs se dirigent vers San Pedro
Le va-et-vient dissonant des "flautas de caña"
Guidés par le tambour Mapuche du chef de troupe, les danseurs arpentent la rue principale sur une chorégraphie répétitive, tout en soufflant dans un instrument (flautas de caña) au son dissonant. C'est la "procession".
2 troupes se répondent
Les Bailes Chinos
Les chants répétitifs (inspirés ici par la pluie tant attendue)
La trentaine de danseurs-chanteurs se livrent ensuite jusque tard dans la nuit aux "Bailes Chinos" qui n'ont rien à voir avec des danses chinoises. Les chefs de groupes improvisent des chants sur la pluie, le beau temps, les histoires de pêches, repris ensuite en cœur par le reste de la troupe. Ces "Bailes Chinos" sont issus d'un mélange des coutumes des conquistadors espagnols catholiques et des peuples originaires de l'Aconcagua polythéistes. Un seul souhait depuis 2000 ans : bénéficier d'une pêche fructueuse.
Belle coïncidence, le tournoi de football des pays sud-américains ou "Copa America" a lieu au Chili en ce début d'hiver 2015. L'occasion de s'immerger dans l'ambiance d'un continent où le football joue un rôle comparable à celui du criquet en Inde ou du hockey sur glace au Canada.
Gary Medel dit "le Pitbull"
Vidal et Alexis les attaquants vedettes
L'hymne national chilien à la fan-fest
Les matchs de poules ont lieu dans différentes régions du pays, le Chili se réservant en tant que pays hôte le stade national de Santiago situé à quelques pas de chez nous. Ce stade est chargé d'histoire. Une salle du musée de la mémoire et des droits humain accueille d'ailleurs un reportage audiovisuel sur sa reconversion temporaire en centre de détention et de torture durant le coup d'Etat de 1973. Aujourd'hui il a bien meilleure allure quand ses quelques 20.000 "hinchas rojos" s'égosillent : "Chi Chi Chi, Le Le Le, Viva Chile !"
La Fan Fest au Plaza Vespucio
Chili-Mexique, un match à rebondissements
Le cri de ralliement
La phase des qualifications débute sur une dure victoire chilienne face à l'Equateur dont les supporters ont investi les rues de Santiago Centro pour l'occasion. Score final 1-0. S'en suit un match à rebondissement face au Mexique, lors duquel nous avons testé l'ambiance des écrans géants installés par les enseignes de la grande distribution. Ces dernières distribuent pour chaque match quelques 6.000 places VIP donnant accès à des espaces clots à finalités publicitaires et commerciales. Ambiance garantie, score final 3-3.
La qualification est ensuite assurée par une correction infligée à l'équipe bolivienne sur le score sans appel de 5-0 en faveur du Chili. Le désarroi des perdants attire souvent l'empathie des spectateurs neutres comme nous, à l'image de la déconvenue du Brésil en 2014, battu 7-1 par l'Allemagne. Mais de nombreux chiliens en auraient bien demandé d'avantage pour narguer le voisin Bolivien aux revendications maritimes irritantes.
Qualifiés pour les quarts, les supporter chiliens y croient !
Ambiance lors d'un but de la Roja
Pour les quarts de final, nous testons la très connue "Cantine California", comparable en termes de notoriété au "République" à Lyon : c'est The Place To Be pour boire un coup et manger gras devant la multitude d'écrans qui retransmettent le match Chili-Uruguay, le tout dans une ambiance survoltée. Le match à été gagné par un Chili ultra dominateur, sur un score final de 1-0, mais il faut le dire la Roja est passée à 2 doigts de la défaite.
Manuel Baquedano pris d'assaut à plaza Italia
La demi finale Chili - Pérou elle aussi revêt une dimension géopolitique qui alimenta la créativité des internautes. De nombreux mêmes inspirés des conflits territoriaux ont circulé sur les réseaux sociaux en amont de la rencontre. Mais contre tous les pronostiques alarmistes, les hymnes ont été respectés et aucun affrontement n'a eu lieu en marge des matchs. Quant au score, si la manière n'y était pas, le Chili se hausse toutefois en finale pour rencontrer l'Argentine facile vainqueur 6-1 du Paraguay. La pollution à couper au couteau et l'interdiction de manifester n'ont pas démotivé les supporters sortis fêter la victoire à "Plaza Italia". Mais la police chilienne, par prévention, a dispersé efficacement tout ce joli monde 1h à peine après le coup de sifflet final. Parti faire une prise de son, j'ai surtout pris des gaz lacrymogènes...
De nombreux mêmes géopolitiques on circulé.
Ici la limite du terrain selon le Chili (Pérou)
Fête sur la fameuse Plaza Italia
Ambiance de but, prise de son nº2
Samedi 4 juillet, jour de finale, une atmosphère à la fois festive et pesante plane sur le Chili. Quelques rayons de soleil percent la brume formée par les "asados" (barbecue) et le smog, tandis les vendeurs de drapeaux et d'écharpes profitent des dernières heures de Copa pour épuiser leurs stocks. Cet après-midi le stade national s'est donné pour mission de faire gagner la Roja ! Enfin une vraie ambiance ! Après 120 minutes de tensions insoutenables, les faits sont clairs : les deux équipes se neutralisent et la très hasardeuse séance de tirs aux buts devra désigner le vainqueur. Alexis Sanchez se charge d'achever le travail et une fête aux airs de France 98 gagne les rues de tout le pays.
Des mêmes assez moqueurs...
...et pas que pour les argentins ("mer de larmes")
Le 4 juillet pourrait bientôt
devenir férié car le Chili a bel et bien réussi l'exploit de battre aux tirs aux buts (4-1) l'Argentine de Lionel Messi ! Les larmes des argentins n'attireront pas l'empathie de tous, comme le montrent certains mêmes à l'humour géopolitique taquin et douteux.
Immense fête de victoire
Ambiance également à Quintero
La fête a duré toute la nuit
Après un parcours épique, le Chili gagne pour la première fois de son histoire la Copa America !