À la confluence de quatre fleuves, Valdivia est un îlot d'urbanisation perdu au milieu des forêts endémiques et des eaux sombres, aux antipodes de la capitale. Porte d'entrée sur les terres australes à quelques 900 kilomètres au sud de Santiago, cette petite ville de 160.000 habitants est connue pour son campus universitaire verdoyant, ses tours fortifiées, ses maisons coloniales, son marché et ses brasseries. Mais ce fut aussi l'épicentre du plus gros tremblement de terre jamais enregistré sur terre qui en 1960 atteignit la magnitude de 9,5.
Les quais de Valdivia
Le marché couvert de Valdivia
Ambiance authentique
Murtas: sorte de fraise des bois poivrée
Chupón: fruit endémique de la région
Le peintre sur bois recyclé
Le marché couvert est l'attraction phare de Valdivia, on y découvre des fruits insolites, de nombreux légumes et produits de la mer dans une ambiance populaire et familiale. Les lions de mer font le spectacle toute la journée. Ces mastodontes offrent aux touristes un panel de scènes quotidiennes insolites, dévorant les restes de poissons du marché, nageant les uns avec les autres ou encore se bagarrant pour rester sur le ponton lors de la sieste digestive.
Départ pour Corral en bâteau
Le port isolé de Corral en proie aux incendies
Les dunes de Chaihuin
Delfines en Chaihuin
Nous avons été chaleureusement accueillis par la famille d'une voisine santiaguinaise qui nous fit découvrir durant 3 jours sa splendide région. Spécialisée en biologie forestière, Natalia nous a témoigné de l'importance de l'industrie du bois dans la région mais aussi des conséquences du remplacement des forêts natives millénaires par des essences plus productives dont la culture bouleverse les paysages et l'écosystème. Son père, très curieux sur notre démarche de travoyageur, nous posa mille questions sur la France et notre vision comparative avec le Chili. En retour il nous conta ses souvenirs d'enfant témoin du tremblement de terre de 1960 et des changements de paysage que causa ce cataclysme, comme l'affaissement des champs qui furent alors submergés par les fleuves.
Façade d'une maison coloniale
Festival International de ciné de Valdivia
La "Région des Fleuves" est un territoire ayant appartenu aux indigènes durant l'époque pré-coloniale. Nos hôtes nous partagèrent leur point de vue sur les conflits actuels qui font régulièrement la une des informations en "live". Malgré la bonne volonté générale des habitants de la région, le mode de vie revendiqué par les héritiers des peuples natifs parait incompatible avec le système sociétal dominant. Sur les murs de Valdivia, des fresques illustrent d'ailleurs cette lutte devenue symbolique.
Liberté pour les prisonniers politiques Mapuche
Liberté et résistance
Coup de cœur cinématique sur le thème de l'eau, la culture des natifs, la dictature: Le Bouton de Nacre, de Patricio Guzman.
Ce vendredi nous partons de Santiago à 17h30, destination la Cordillère dans l'objectif de réaliser un projet bête pour lequel personne n'a voulu se joindre à nous. Il s'agit d'atteindre un fond de vallée isolé (7 km de piste) en bus et autos top afin de réaliser une traversée non balisée de 27 kilomètres avec franchissement de col à 4200 mètres pour ensuite basculer sur une autre vallée encore plus isolée (35 km de piste) et enfin revenir en auto-stop. "Incertain" semble être l'adjectif le plus approprié pour cette sortie à l'instar de la météo annoncée sur les Andes ce WE là.
Le projet controversé de conduite forcée ne dort jamais
Le Volcán San José sommeille à la belle étoile
Grâce à une intermodalité efficace (bus + métro +; bus + citadine + remorque à chevaux + SUV) et riche en rencontres, nous atteignons le départ de la randonnée avant la nuit. S'en suit une heure d'approche nocturne avant de planter le premier camp de base, au pied du Volcan San José.
Le thème du WE: traverser des rivières
Ambiance minérale
Samedi, départ à l'aube pour une journée hors normes qui commence par des franchissements de torrents quelque peu inhabituels pour nos gambettes des Alpes aménagées. Une fois les idées et les pieds rafraîchis, nous comprenons vite que l'itinéraire tracé sur la carte n'est qu'indicatif et que les temps de parcours seront difficilement compressibles. Le chemin serpente ensuite dans un chaos géologique où rien ne semble éternellement figé. Au pied du très austère San José, une fragile flore témoigne toutefois de l'accalmie volcanique. Après 4 heures de marche, le sentier emprunte une immense plaine glaciaire. L’œil ne saurait que retenir de ce patchwork minéral: glaciers suspendus, cascades de glaces, cheminées rocheuses, labyrinthe de moraines et de torrents, pierres multicolores et scintillantes qui nous plongent dans nos lointains souvenirs de géologie.
Aller à l'autre bout de cette immense vallée !
Le Loma Larga (5400m) surplombe la vallée
Un sol peu efficace...
Les glaciers suspendus du Cerro Cortaderas (?) 5200m
À 14h nous entamons l'ascension de la croupe qui mène à une brèche dont l'altitude marque le point culminant de la traversée (4200m). La pente est soutenue, le terrain est instable, et le soleil tape fort. Nous finissons chacun notre 4ème litre d'eau de la journée sous les bruits sourds des éboulements caractéristiques des zones glaciaires. Depuis la brèche on délaisse l'itinéraire qui conduit au Marmolejo (6108m) pour redescendre sur une plaine verdoyante idéale pour installer un deuxième campement à 3500m.
Une plaque de petits Pénitents
Les sommets du Marmolejo (env. 6110m)
Au loin Cerro Pirámide et Cerro Trono (env. 5500m)
Camping *****
Après une grasse matinée dominicale, nous plions les affaires et nous résignons à rejoindre la civilisation. En l'absence de chemin, nous suivons des sentiers "à vaches" tant escarpés que certaines y ont même laissé leur peau... Malgré les apparences de la carte, le relief est chaotique et nous douterons plusieurs fois du chemin emprunté. Après un ultime franchissement de torrent sur un pont inachevé, nous profitons d'un retour intermodal optimal (4X4 + citadine + métro + bus).
Recherche d'itinéraire...
...avec quelques indices
Pendant les 2 jours de traversée, nous n'avons croisé aucun autre randonneur. Nous avons franchi une vingtaine de cours d'eau. Nos sincères remerciements aux 5 auto-stoppeurs qui ont facilité la réalisation de cette aventure incertaine dans un délai inimaginable. Une preuve de la solidarité de nos amis chiliens qui partagent la même passion de la montagne!
Précisions sur le parcours
- Temps de parcours : J1 1h jusqu'au campement, J2 9h30 de montée et 2h de descente, J3 3h30 de "descente".
- Difficulté : randonnée très exigeante sur un WE (faisable mais préférable sur 3 jours), prévoir une nutrition et un rythme de haute altitude, itinéraire peu évident côté Vallée del Yeso (pas de chemin, pas de cairns, terrains instables): un conseil suivre les sentiers à vaches.
Il fait chaud en ce mois de décembre 2015 qui décidément bat tous les records. Nous fuyons les 30°C quotidiens de Santiago pour passer Noël à la Serena, ville de 200.000 habitants située à 500 km au nord de la capitale. Les stations de ski sont toutes fermées faute de neige et la plupart ont même ouverts leurs bikeparks. Tout le monde se rue sur les plages du pacifique pour passer le réveillon les pieds au frais: bienvenus en hémisphère sud !
A notre grande surprise, le père Noël est tout de chaud vêtu et les sapins saupoudrées de fausse neige croulent sous une décoration normalisée qui ne nous dépayse guère. Heureusement la dinde aux marrons sera troquée par le "barbecue de Noël".
La Serena est une ville côtière touristique qui témoigne de l'histoire du Chili marquée par la colonisation douloureuse qui causa la perte des premiers espagnoles et des indigènes Diaguitas. L'architecture coloniale et néoclassique de la ville se distingue de la capitale et des villes-cabanes sans grands intérêts urbanistiques.
Depuis la Serena on accède à la précieuse réserve nationale des Pingouins de Humboldt composée de trois îles d'où l'on peut observer les fameux oiseaux menacés de disparition, des goélands en période de nidification, plusieurs espèces de cormorans, des pélicans, des loutres, des lions de mers, des dauphins et autres cétacés. Malgré le phénomène El Ñiño qui modifie les courants de la zone, nous avons eu la chance de naviguer en compagnie d'une quinzaine de dauphins "au nez en forme de bouteille". Ce sanctuaire est remarquablement protégé avec un temps de visite limité à une heure et l'interdiction totale de sortir des sentiers balisés.
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Sur la rive, les habitants de Punta de Choros s'inquiètent d'un projet minier d’extraction du fer (projet Dominga) qui prévoit la dessalinisation de l'eau pour ses process. Encore un exemple qui montre la complexité du développement économique extractif malgré les compensations environnementales et sociales. A la croisée des chemins entre pêche, tourisme et industrie, ce projet est en stand-bye.